SOUS LES PROJECTEURS

William Lebghil

William Lebghil sait très tôt qu'il veut devenir comédien. A 10 ans, après avoir vu le spectacle de Jamel Debbouze, il décide de prendre des cours de théâtre. Diplômé en 2011 de l'école d'art dramatique Jean Périmony, le jeune homme se produit alors dans les pièces Ados (2010), Le Bossu de Notre-Dame (2011) ou encore Dernier coup de ciseaux (2011). Il fait ses premiers pas derrière la caméra dans la web-série Mes colocs réalisée par Riad Sattouf.

© Laëtitia Forhan
http://www.allocine.fr

William Lebghil est nommé aux César 2019 dans la catégorie « meilleur espoir » pour le film « Première Année » de Thomas Lilti.

"Au collège et au lycée, je faisais du théâtre pendant le week-end. J’ai commencé à jouer à Paris dans des petits théâtres, quand j’étais en 1ère. C’était une évidence, je n’aurais pas pu faire autre chose !

Après le bac je me suis dit que j’allais faire une fac de lettres à Censier. A ce moment, je jouais tous les soirs au théâtre. Donc j’ai fait une demi-journée à Censier et j’ai arrêté. C’est comme si je retournais au lycée, sauf qu’en fac il faut vraiment bosser ! Et je me suis inscrit à l’école de théâtre Jean Périmony."


© Elsa Doladille
https://www.vousnousils.fr/


Isabelle Rattier

Formée à l’École Supérieure d’Art Dramatique du Théâtre National de Strasbourg, Isabelle Rattier a commencé à enseigner l’art dramatique à l’école du Théâtre National de Chaillot en 1995. Comédienne et assistante à la mise en scène, elle a continué à jouer, à assister et à mettre en scène tout en enseignant l’art dramatique. Elle donne cours à la classe de troisième année au Cours Périmony depuis 2012 et met en scène leur audition de fin d'année. 

Isabelle Rattier a appris à regarder et à diriger les comédiens en étant assistante de Bernard Murat, de Pierre Mondy, et d’Adrian Brine. Elle dit avoir eu la chance d’avoir vu travailler Pierre Arditi , Daniel Auteuil, André Dussollier, Gérard Desarthe, Ludmila Mikaël, Robert Hirsch, Isabelle Huppert, Anny Duperey, Bernard Giraudeau …
« J’ai appris mon métier en regardant. Avec Bernard Murat, je participais à tout, il me faisait de plus en plus confiance. J’allais parfois voir les spectacles à sa place et donnais les notes aux comédiens. Je me suis alors rendue compte que les acteurs m’écoutaient et que ce que je disais leur servait. J’ai ensuite dirigé quelques stages et on m’a proposé l’école de Chaillot. J’y suis restée jusqu’à la nouvelle orientation du Théâtre National de Chaillot vers la danse et la fermeture de l’école. »

En cours, Isabelle Rattier insiste beaucoup sur la disponibilité et sur le « laisser-faire » :
« Beaucoup d’exercices – beaucoup d’improvisations – de travail sur les sentiments, l’imaginaire et le lien entre les acteurs. Je me bats contre tout ce qui est fabriqué et qui n’est pas « placé » à l’intérieur. Un comédien doit savoir lire, goûter un texte, le laisser venir à lui. »

Isabelle Rattier apprend à ses élèves à se poser les bonnes questions :
« J’essaie de leur apprendre à voir, à être curieux de tout ! À aller au théâtre – au cinéma - au musée – à lire. On partage ces expériences presque à chaque cours. »

Quels sont vos auteurs fétiches ?
«  Pour l’écriture classique, je privilégie les auteurs français où on n’a pas de problème de traduction : Racine, Molière, Marivaux. Pour une écriture moderne : Tchekhov, Gorki Tennessee Williams. J’aime la filiation des auteurs

Les russes connaissaient très bien le théâtre classique français, Tennessee Williams très bien Tchekhov, etc. Néanmoins, je laisse beaucoup de liberté à mes élèves sur le choix des textes. Si je choisis pour eux, je m’oriente vers un texte ou un auteur qui va les faire avancer, en fonction de chacun. »

Quels sont vos meilleurs souvenirs de professeur ?
« Quand on prépare les spectacles et que je vois les élèves devenir acteurs. Quand on a réussi avec les élèves de troisième année de l’École Périmony à emmener le public dans l’univers de Gorki « les enfants du soleil – Les Bas-fonds » avec l’ensemble de la promo de troisième année !

Je me souviens avec émotion de mon premier spectacle de fin d’année à Chaillot avec toute la technique à ma disposition et une vingtaine d’élèves à diriger. C’était très impressionnant de m’apercevoir que je pouvais y arriver. Tous les ans je retrouve cette même sensation, c’est une forme de trac. »

Comment vos activités de metteuse en scène et de formatrice artistique interagissent-elles ?
« Il y a une interactivité entre jouer, mettre en scène et enseigner.

Ma formation de comédienne me permet de connaître les acteurs de l’intérieur. Je dirige de la même façon un acteur connu ou un élève, je vois ce dont il a besoin pour avancer. C’est beaucoup de psychologie et c’est particulier à chacun.

En tant que professeur, les élèves me permettent d’être toujours en éveil, d’affiner mon regard et je leur dois ce que je suis capable de faire aujourd’hui et la confiance que m’ont donné de grands acteurs. J’essaie de leur transmettre ça, de leur apprendre à voir comme moi.

C’est mon activité de professeur qui m’a donné confiance pour la mise en scène ayant dirigé un grand nombre d’élèves et monté plusieurs spectacles à Chaillot et au Tristan Bernard.

 Et en même temps diriger des acteurs professionnels en tant que metteur en scène , gagner leur confiance, les convaincre de mes choix, alors qu’ils ont une carrière et des certitudes, tout m’a permis d’aiguiser ma façon de faire, d’être plus subtile…

 J’aime partager ces expériences avec les élèves. Et prendre des risques comme ils le font déjà ou le feront par la suite… »

Quel conseil donneriez-vous ?
« Il faut s’accrocher ! C’est un métier très dur. Il faut avoir la foi ! On ne décourage pas un acteur ! Il ne faut pas attendre, il faut être actif, mais ça ils le savent plutôt bien aujourd’hui ! Quand la chance passe, il faut être capable de la voir ! Restez curieux ! »


Hommage à Arlette Téphany

Arlette Téphany a consacré sa vie entière au théâtre. Elle était passionnée par son métier et par la transmission. Elle enseignait la tragédie à nos élèves depuis vingt ans. Ces dernières années, elle avait également repris le cours de diction et avait monté l'audition Musset avec la classe de troisième année de la Promo 2016. Toujours proche de ses élèves et à leur écoute, Arlette était attentive à leur progression dans l'école mais aussi dans la suite de leurs parcours professionnels. Elle les suivait avec beaucoup de fidélité.

"Ne lâchez pas, ne lâchez rien. Si vous saviez comme je suis avec vous, près de vous. Alors, accrochez-vous, que ce soir soit le meilleur de vous-mêmes. Régalez-vous, régalez-nous, régalez-moi".

Merci Arlette!


Soirée hommage autour de la mémoire d'Arlette Téphany le jeudi 13 décembre à 18h au Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique de Paris.


Après sa sortie du Conservatoire national d'art dramatique en 1957, Arlette Téphany a mis en scène une cinquantaine de pièces et joué autant de rôles importants. Elle a dirigé la Cie Théâtre en Liberté (1975/1986) et LE C.D.N. La Limousine avec Pierre Meyrand de 1986 à 1995. Elle est la première femme nommée à la tête d'un centre dramatique. 

Elle a dirigé à Paris la Cie ATPM Théâtre, avec laquelle elle a créé "La Douleur" de Marguerite Duras, "Les Combustibles" d'Amélie Nothomb, "Un Chapeau de Paille" d'Italie de Labiche et La Panne de Dürrenmatt. Metteur en scène mais également comédienne, elle a joué la Mère dans "Au But" de Thomas Bernhard (Avignon Off 2005) et au printemps 2006 "Tantine et Moi" avec Jean-Claude Dreyfus.
Elle a travaillé pour le cinéma ou la télévision avec Claude Santelli, Pierre Badel, Guy Lefranc, Guy Jorré, Patrice Leconte, Coralie Fargeat, François Breniaux… En 1971, elle enregistre un disque de chansons inédites de Boris Vian. Elle a également chanté Bertolt Brecht/Kurt Weill. Elle joue La Douleur de Marguerite Duras au Lucernaire en janvier 2008. En novembre 2009, elle participe à la création de "En Scène Dans Un Quart d’Heure" à la Maison Jean Vilar, dans le cadre d’un hommage à Gérard Philippe.

arlette single
Arlette était une artiste en perpétuelle recherche dans dans son enseignement comme dans sa vie professionnelle.  C’est peut-être ce qui la rendait si différente, surprenante, un peu secrète aussi. Ainsi elle avouait avec malice qu’il lui était arrivé de chanter : le rôle de Jenny dans l’Opéra de Quat’ Sous, et des chansons, lorsque Jacques Cannetti lui proposa d’enregistrer un album d’oeuvres inédites de Boris Vian, dont voici un extrait sur Youtube

http://www.youtube.com/watch?v=YCkaORtI2Sk

Erick Desmarestz

Erick Desmarestz est comédien et metteur en scène. Professeur d'art dramatique depuis 2008 à l'école, il nous a récemment confié que Jean Périmony lui avait ouvert une très belle porte en lui demandant de travailler dans son école. Il se souvient ainsi qu'il y a une vingtaine d'années, Serge Rousseau (agent et co-fondateur de l'agence Artmédia) lui avait qu'il pensait vraiment qu'un jour il deviendrait professur d'art dramatique.
Erick Desmarestz reconnait qu’il n’a jamais autant aimé travailler et que selon lui: "Les qualités spécifiques du Cours Périmony sont l’exigence et la bienveillance.”

En tant que professeur d’art dramatique il considère qu’il se doit de savoir écouter, aimer, capter l’élève, sentir une vibration et l’amener à être juste, sans juger, en regardant, en observant, dans le respect de l’élève et dans une exigence absolue de travail: “Bien sûr, il y a la technique mais en réalité je ne transmets rien, je cherche. Cette recherche avec les élèves de la forme théâtrale la plus juste en fonction d’un texte dans lequel j’ai imaginé cet élève, rêver la scène avec cet élève, voilà la part de ce travail qui me passionne. Réussir ce challenge, c’est un moment très joyeux ! Un moment de théâtre!”

Revenant sur son parcours de comédien, Erick Desmarestz se souvient qu’au tout au début de sa carrière il a eu deux grandes chances.

La première a été sa rencontre avec Bernard Blier devenu son parrain de théâtre :
« C’était un homme qui avait un extraordinaire amour du théâtre, qui me parlait très souvent de Louis Jouvet qui avait été son Professeur au Conservatoire. Il m’en parlait toujours avec la ferveur et l’admiration intactes de ses vingt ans. Ca me touchait beaucoup.»

La seconde fut celle de participer à la création au Théâtre de l’Atelier de la dernière pièce de Jean Anouilh “Le Nombril”, mise en scène par l’auteur : « J’ai joué avec bonheur cette pièce à Paris et en tournée plus de cinq cents fois aux côtés de Bernard Blier et j’ai eu une opportunité unique de voir comment l’auteur Jean Anouilh modifiait le texte de sa pièce et sa mise en scène en fonction de ce qui marchait ou ne marchait pas.
C’est ce qui m’a permis d’approcher de l’intérieur la magie du théâtre. Ce rapport direct avec l’auteur-metteur en scène au cours de la création d’une pièce qui n’a jamais encore été jouée et donnée au public. »

Jean Anouilh lui avait alors fait le plus beau des compliments qu’on puisse faire à un comédien en lui disant un jour au cours d’une répétition : “Desmarestz, vous m’apprenez des choses sur mon personnage !”

Une citation qui vous tient à cœur?:
« Michel Bouquet dit : “Ne cherchez pas à être originaux, nous le sommes tous.” Nous souhaitons tous être aimés par le plus grand nombre, et en même temps nous devons accepter le deuil parfois de ne pas plaire à tous. Ce n’est pas facile émotionnellement. Accepter cette humilité.

Apprendre aux élèves à se connaître, leur donner une clé pour être vus, regardés, désirés en tant que comédiens face aux professionnels.

Dès le premier cours, certains ont des étoiles dans le regard, une passion qui les anime. Ceux-là sentent bien, dès cet instant, qu’ils sont à leur juste place, que c’est dans cet art qu’ils trouveront un espace de liberté et que dans leur engagement total vis à vis de ce métier, ils prendront un nouveau chemin : le chemin d’une vie, le chemin de toute une vie!”

Erick Desmarestz est professeur d’interprétation en troisième année. En 2014, il met en scène l’Atelier Harold Pinter au Théâtre Tristan Bernard à propos duquel il avoue avoir vu le soir de la représentation ce dont il avait rêvé. En 2016, il présente l’Atelier Oscar Wilde avec la classe de troisième année et il anime notre stage d’été chaque année!

Christian Bujeau

Christian Bujeau revient sur son expérience dans la comédie musicale Sister Act, dans le rôle de l'évêque, au Théâtre Mogador en 2013.
Toute ma vie j’ai voulu chanter et je rêvais de comédies musicales. En jouant l’évêque de Sister Act, je n'ai malheureusement pas eu l'opportunité de chanter en soliste, mais cette expérience m'a permis de comprendre la force du chant sur le public. C'était une véritable joie de faire partie d'une équipe de 35-40 artistes comédiens, danseurs et chanteurs, tous extraordinairement talentueux pour interpréter cette pièce pendant toute une année.  Je souhaite à tous les comédiens de pouvoir vivre une expérience comme celle-là.

Je pense, je suis même sûr qu'il y a un grand avenir pour la comédie musicale en France. Les français doivent comprendre une fois pour toutes qu'il existe un théâtre dans lequel on joue la comédie en chantant et même en dansant !
En revanche il faudrait que la direction d'acteurs suive, car pour le moment tout se passe comme si, il y avait d'un côté les comédiens et de l'autre les chanteurs ou les danseurs. Or la comédie musicale, ou plutôt devrais-je dire le théâtre musical, c'est d'abord raconter une histoire et pour le moment il reste quelque chose d'un peu approximatif dans le travail sur les personnages alors qu’en France il est essentiel de faire décoller le spectateur en racontant parfaitement l’histoire ce qui multiplierait par dix la fréquentation des comédies musicales. Nous avons d'excellents chanteurs et d'excellents danseurs ici qui sont rarement formés à la comédie. La Callas n'était pas la meilleure soprane, mais elle était de loin la meilleure comédienne et c’est ainsi qu’elle est devenue une star : il est indispensable de faire en France un gros travail sur la direction d’acteur et sur la construction des personnages.

Pour conclure, je dirais qu'on envie le Broadway des Anglo-saxons qui ont un réservoir considérable d'oeuvres littéraires et théâtrales dans lequel les auteurs puisent leurs idées. Mais nous aussi en France, nous avons de quoi alimenter des oeuvres nouvelles sans en passer uniquement par l'adaptation des pièces anglaises ou américaines. L'avenir sera aussi dans des créations françaises et aux comédiens français capables de les interpréter.”

Stéphane Duclot

Depuis 1997, Stéphane Duclot s'attache au sein du cours, à faire comprendre l'importance de l'expression corporelle dans la construction du personnage.

"Le plus souvent lorsque les élèves arrivent au Cours en première année, ils sont enfermés dans une manière d’être et ne se perçoivent que dans un style avec lequel ils se définissent. Ils se sentent parfois complexés par quelque chose de physique : un bassin trop large, des épaules trop en avant, se trouvent trop grands, trop petits, trop gros, trop maigres etc. Mon travail est de leur faire comprendre que c’est précisemment avec ces “défauts” qu’on va travailler.

Que celui qui a un embonpoint peut acquérir une telle maitrise de tous ses segments qu’il pourra passer d’un personnage de gros bêta un peu trop porté sur la bonne bouffe à celui d’un videur de boîte de nuit bien costaud et qu’avec le même physique on est passé d’un faible à un fort.

Car c’est en cassant les codes, en s’affranchissant des stéréotypes qu’on parvient à donner une personnalité physique au personnage qu’on interprète. Pour y parvenir on veut acquérir une certaine souplesse et non pas être juste debout, droit avec la tête projetée en arrière pour déclamer un texte. Cette souplesse n’est pas celle de la danse mais celle d’une mobilité de chaque segment du corps, propre au travail de comédien : travailler sur les démarches, les postures, sur la position du corps dans l’espace; apprendre à bouger un bras ou une main sans raidir ou à l’inverse bouger l’autre, tourner la tête sans nécessairement bouger le reste du corps ou juste le torse; apprendre que le corps est un ensemble de segments indépendants qui chacun aura une part dans la construction de leur personnage."